Le protestantisme, introduit dans le Midi dès les années 1530, s’enracine profondément grâce à la diffusion biblique, le dynamisme des prêcheurs itinérants et la présence de communautés marchandes ouvertes aux idées nouvelles (cf. Janine Garrisson, Protestants du Midi: Sur les pas des Huguenots, Editions Sud-Ouest, 2010). Frontignan, Montpellier, Nîmes ou Anduze voient naître des Églises locales qui s’organisent très vite en synodes. En 1559, le premier synode national, tenu en secret à Paris, a pour rapporteur le pasteur de Nîmes, Claude Baduel, illustrant déjà le rôle du Sud dans la structuration du protestantisme français.
La révocation de l’Édit de Nantes en 1685 provoque une crise profonde, mais dans le Midi, la résistance organise la clandestinité. Ce « Désert » qui dure près d’un siècle façonne une Église protestante sans culte public, mais serrée autour du « prêche », de la transmission familiale, et d’une solidarité qui traverse les générations (cf. Patrick Cabanel, Les Justes et les Saints, Albin Michel, 2013).
La liberté revient avec la Révolution, puis le Concordat (1802) qui reconnaît l’Église réformée – mais la cohabitation n’est pas sereine. Le Réveil protestant du XIXe siècle, très fort dans le Midi, apporte un souffle neuf : multiplication des œuvres sociales, fondation d’institutions éducatives, engagement républicain. En 1829, François Mey, instituteur du Vigan, fonde la première école protestante du Gard ; les œuvres diaconales, comme la Fondation John Bost ou les orphelinats de la Drôme, s’inspirent souvent de ce modèle sudiste. Nîmes, avec ses 30 000 protestants en 1850 (près de la moitié de la population), incarne ce dynamisme.
Si de douloureuses divisions avaient secoué le protestantisme du XIXe siècle (l’affaire des Unitaires, la création d’Églises libres), le XXe siècle introduit un renversement : face à la sécularisation, à la montée de l’anticléricalisme, et à l’arrivée de mouvements pentecôtistes, la nécessité d’un témoignage unifié s’impose peu à peu.
C’est en 2013, lors du synode de Lyon, que la création de l’Église protestante unie de France est officiellement entérinée. Dans le Midi, cette fusion n’est pas vécue comme une rupture, mais comme l’aboutissement d’un « chemin de compagnonnage » de longue date, où tant de paroisses partagent déjà des pasteurs, des projets, des écoles bibliques, et la même reconnaissance institutionnelle.
La formation de l’EPUdF dans le Midi ne saurait se comprendre sans prendre en compte des sensibilités et enjeux propres à la région :
La formation de l’EPUdF dans le Midi s’est nourrie :
Aujourd’hui, l’EPUdF du Midi demeure un espace où des mémoires blessées trouvent la force d’inventer ensemble une Église paradoxale : minoritaire mais influente, surveillée pendant des siècles mais désormais reconnue, enracinée dans ses vallées et tournée vers l’accueil de l’autre. Son histoire, loin de s’être figée avec la fusion de 2013, continue à s’écrire, au creux d’un paysage où la fidélité ne se détache jamais de la créativité.
Pour aller plus loin : eglise-protestante-unie.fr/histoire | Musée du Désert – Ressources | Patrick Cabanel, « Les Cévennes et la mémoire protestante », L’Histoire, novembre 2015