1938 marque une date capitale dans l’histoire protestante de France : la création de l’Église Réformée de France (ERF). Résultat d’une longue gestation, elle est issue de la réunion de plusieurs tendances issues du protestantisme calviniste – principalement l’Église réformée « historique » et l’Église évangélique libre. Dans le Midi, ce rassemblement vient cristalliser une aspiration ancienne : redonner unité et souffle à un protestantisme souvent éclaté par les épreuves, divisé par ses divergences théologiques, mais uni par la mémoire du « Désert » et des Camisards.
Au sortir de l’entre-deux-guerres, la région porte encore les séquelles des persécutions, des restrictions et d’un relatif enclavement économique et social. Le protestantisme, majoritaire dans certains coins des Cévennes, de la Gardonnenque, de l’Ardèche méridionale ou du Lauragais, reste souvent confiné à ses bastions, avec une forte culture communautaire. La création de l’ERF, loin d’être simplement administrative, suscite à la fois de l’enthousiasme et des inquiétudes : c’est l’espoir d’un renouveau, mais aussi la crainte d’une dilution des particularismes locaux.
La Seconde Guerre mondiale percute la société cévenole et languedocienne. L’engagement de figures protestantes dans la Résistance, comme le pasteur André Trocmé et les habitants du Chambon-sur-Lignon, marque durablement les esprits. Le Sud accueille de nombreux réfugiés, juifs ou opposants, dans ses villages, où l’hospitalité s’enracine dans le souvenir du Refuge huguenot.
Après 1945, les paroisses se reconstruisent. On observe :
Dans le même temps, la formation théologique s’ouvre. Des instituts, comme la Faculté de Montpellier, contribuent à redynamiser le protestantisme régional, favorisant l’émergence d’un nouveau clergé, parfois issu de familles déjà engagées depuis des générations (cf. Protestants dans la Ville).
Les Trente Glorieuses voient les campagnes se vider et la sécularisation gagner du terrain. Le protestantisme méridional n’échappe pas à ce mouvement :
Pourtant, cette période est aussi celle d’un profond renouveau spirituel. Les rassemblements de Mialet, Montélimar ou Anduze réunissent chaque été des milliers de protestants dans une atmosphère à la fois festive et recueillie. Le Mouvement d’Action Rurale (MAR), très actif dans le Sud, impulse des initiatives de solidarité, d’animation jeunesse et de promotion culturelle dans « le Désert ». C’est le temps des sessions bibliques interparoissiales, des camps et des colonies d’enfants.
Dès les années 1980, de nouveaux défis apparaissent :
La mémoire protestante connaît alors un regain d’intérêt. Les musées du Vigan, de Mialet (Musée du Désert), la Maison du Protestantisme à Nîmes ou à Mazamet voient le jour, attirant chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. Les itinéraires historiques (sentier des Camisards, circuits des temples) s’inscrivent dans le paysage.
La dernière décennie du siècle et le début du XXI voient s’accélérer les mouvements profond de recomposition :
Quelques chiffres donnent la mesure du chemin parcouru :
Le protestantisme du Midi, après des siècles de résistance et parfois d’enfouissement, continue de se réinventer.
Aux chemins de l’exode et de la reconquête intérieure, au fil des mutations de la société, le protestantisme du Midi trace peut-être, pour aujourd’hui, une voie humble et ouverte : celle du service, du souvenir et de l’espérance.